L'OURSE A PLUMES

auteure - illustratrice - chasseuse de trésors
Critiques d'art

Yoann Penard

Jamais l’horreur n’aura été si belle dans la sculpture contemporaine. Penard02

Yoann Penard ouvre la port du Pandémonium d’où s’échappent des êtres difformes aux regards annihilés.

Des prophètes maudits nous escortent dans une fusion infernale de douleur et de mort, dont il n’est pas question de sortir indemne.

L’œuvre de Yoann Penard ne souffre aucune concession ni tolérance, elle nous réduit à l’état de phalène devant une flamme, condamnée à être avalée par sa brillante paroi de chair. N’espérez pas de clémence de la part des gueules mortifiées, elles imposeront leur agonie.

Bénirons-nous les tortionnaires, pour avoir précipité le goût si exquis de la charogne?

Penard03Alors que les victimes nous récitent leurs impardonnables tortures et que leurs corps se voient amputés, la compassion n’est plus de mise face à ce cauchemar terrible. Il ne nous reste plus qu’à sombrer dans la délicieuse complainte de cet artiste hors-normes.

Dans la lignée des poètes maudits, de John Milton à Charles Penard04Baudelaire, Yoann Penard inscrit son œuvre sous le signe de la douleur. Façonnées de jesmonite et chargées de fardeaux, les sculptures clairement empreintes de la culture punk-anarchiste, se dressent de toute leur valeur totémique allant jusqu’à dépasser la taille d’un homme. Ses barques témoignent d’une apocalypse annoncée alors que ses imposants personnages grandeur nature, relèvent de l’idole infernale salvatrice.

Penard05

Le rite de passage est entier lorsque l’on prend la main tendue des visions parées d’attributs chamaniques et la peur laisse rapidement la place à la fascination.

Yoann Penard est de ces artistes dont les œuvres n’ont nullement besoin d’être expliqués ou commentés. Elles reflètent la véritable définition de l’art en tant que concept brut en imposant un choix: aimer pleinement ou haïr de tout son soûl.

Sans demi-mesure, c’est un art qui se suffit à lui-même et n’espère rien de plus que d’exister sans se risquer à contenter les normes établies par un académisme dépassé.

Alors que l’art contemporain se perd dans un brouhaha incongru d’amateurs auto-proclamés « artistes », un mouvement nouveau est pleine gestation, les agonistes.

La galerie Kuryos termine l’hiver avec faste en retrouvant ce sculpteur de talent pour ce début de l’année 2013.

Un privilège que d’accueillir un pilier méconnu de la sculpture contemporaine, enfin émancipée des anciens canons et des « œuvres » encombrant les magasins d’art facile.

Yoann Penard persiste et signe au bas de la liste des artistes qui font de la galerie Kuryos, une galerie d’art.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :