L'OURSE A PLUMES

auteure - illustratrice - chasseuse de trésors
Récit d'aventure

Retranscriptions de l’université B.C, Feuillet 4

Malgré cette rasade, madame Smith demeurait incapable de s’exprimer clairement. Elle ne parvenait qu’à répéter quelques syllabes, saisie d’un bégaiement ininterrompu. J’entendis des pas précipités dans l’escalier qui menait à

l’étage des chambres, toutes vides exceptée la mienne, ainsi que des éclats de voix provenant de l’extérieur du pub.  Un homme se précipita sans frapper dans ma chambre. Il paraissait horrifié, tout aussi pâle et tremblant que la pauvre gérante qui avait entamé une seconde gorgée de Brandy.

L’homme, grand et maigre m’interpella d’une voix blanche :

 » Monsieur, votre ami… il est sur la berge, mais… je ne comprends pas, c’est jamais arrivé par chez nous !  »

J’eus soudain un atroce pressentiment qui me glaça le cœur et, enfilant mon veston, je couru hors de ma chambre suivi du messager et de madame Smith. Arrivé au dehors, une brise aussi froide que la glace me griffa le visage.

L’humidité ambiante me pris à la gorge et des larmes me montèrent aux yeux. Un peu plus loin, à peu près à huit cent mètres du pub, était attroupé une petit foule très agitée. L’emplacement du Sonia était vide et aucune ombre ne venait ternir l’horizon brumeux. Je m’approchai du groupe de badauds qui me laissèrent le passage. Certains avaient vivement reculés en me voyant, alors que d’autres me lançaient des regards noirs, tirés en arrière par des mains brunes et ridés. Là, sur la berge, était étendu le capitaine Porshe, une mare de sang noir tout autour de lui et une longue lame de rasoir cruellement enfoncée entre ses omoplates.

L’homme qui était venu me trouver me dit que le corps avait été découvert ce matin aux alentours de 7h30 et que l’alerte avait été donnée aussitôt. C’était madame Smith qui s’était souvenue que le capitaine était mon compagnon de voyage et qui avait tenté de me prévenir. Les quelques femmes qui étaient là pleuraient et les hommes affichaient des mines fermées et maussades. Je demandais si la police avait été appelée et l’on m’assura qu’un télégramme était partit un quart d’heure auparavant.

Un homme d’âge mûr, fumant une courte pipe rompit le silence en invectivant la foule de se disperser. Il semblait posséder une certaine autorité dans le village puis que chacun s’exécuta. Cependant, il demanda à madame Smith de chercher une bouteille d’alcool fort et ordonna à l’homme qui m’avait prévenu d’aller guetter l’arrivée des agents. Nous restâmes seuls avec le défunt dans un silence respectueux mêlé d’inconfort. Il détendit la situation en posant sa large main tachée sur mon épaule. Je fus surpris par sa force lorsque son accolade me fit légèrement perdre l’équilibre. Il dit enfin d’une voix grave :

 » Nous allons rester encore un peu. Il ne faut pas que le corps soit dérangé avant l’arrivée de la police. »

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :