Retranscriptions de l’université B.C, Feuillet 3

Journal de Charles Lawrence Grey 12.04.86

Il est 2h00 du matin et nous faisons escale au dernier port sur notre route. Porshe m’a demandé de descendre du bateau pour que nous puissions nous ravitailler et nous reposer avant de repartir. Il prévoit le départ à 5h00 précise et m’a recommandé au seul pub du village où nous sommes pour y prendre une chambre. La gérante, madame Smith, m’a conduit à ma chambre et m’a assuré un petit-déjeuner avant notre départ. C’est une grosse bonne femme au visage rieur, mais à la main ferme et directe. Son pub est extrêmement bien tenu et sa bière particulièrement robuste.

Après plusieurs relectures des lettres de mon père, je ne saurai dire si je prends la relève d’un véritable génie, ou si je suis la victime de la lubie d’un fou. La mer se déchaine à quelques mètres du pub de madame Smith et j’entends les bourrasques du vent s’écraser contre les carreaux de ma fenêtre quand trois coups secs sont frappés à la porte de ma chambre. Il est 3h45 du matin et les quelques buches du foyer qui crépitaient dans la cheminée s’étaient presque toutes consumées.

4h07 du matin, c’est une catastrophe. Porshe est venu m’avertir que le Sonia ne se trouvait plus amarré au port. A moins d’une heure de notre départ, c’est un incident pour le moins fâcheux. Fort heureusement tout mon équipement ainsi que mes effets personnels sont dans ma chambre. Il serait inutile de lancer des recherches à cette heure en pleine tempête. Mais voilà que j’entends crier… cela ne doit être que le vent, je ne puis rien voir depuis ma fenêtre, aucune lumière n’est visible de l’extérieur. Je vais tenter de dormir un peu, il faudra partir à la recherche d’un autre bateau si le nôtre n’est pas retrouvé. Pauvre Porshe, le Sonia était un bien de famille. J’ose espérer que cet incident ne retardera pas outre mesure mon entreprise.

L’aube froide s’est levée pour annoncer une journée bien démoralisante. Il était près de 8H00 lorsque je me suis réveillé, sortant brusquement de mon sommeil par des poings qui tambourinaient contre ma porte. Emergeant d’un rêve pénible, je réalisai honteusement que j’avais fait attendre Porshe trop longtemps et qu’il avait fini par perdre patience. Je le priai de patienter un instant, enfilant maladroitement quelques vêtements froissés et allait ouvrir. Je tombais nez-à-nez avec madame Smith que j’eus du mal à reconnaitre tant son teint était pâle et ses traits tirés. Elle tremblait de tous ses membres et ne semblait pas avoir la force d’articuler le moindre mot. Je la fis entrer puis assoir sur la chaise du bureau, en face de la fenêtre. Par chance, je trouvais une fiole de brandy dans mes bagages et ce ne fût qu’après en avoir bu un long trait que quelques couleurs revinrent sur son visage.

Laisser un commentaire