Rapport du doyen William E. Smith.

Université d’archéologie B.C

356, avenue Xavier Franc

BP 02486 V.

 

Le 12 mai 1892

En raison des récents évènements, je me dois de laisser une trace officielle de l’affaire  C. L. Grey. Bien qu’ayant réussit à ramener le calme au sein du petit groupe d’étudiants dissidents concerné, je suis dans l’obligation d’avouer que le doute subsiste dans mon esprit.

Avant de vous dévoiler les documents entrés en la possession de l’Université, il me parait crucial de re contextualiser les faits à fin de vous laisser la possibilité de les examiner dans leur globalité. Les lecteurs pourront en tirer les conclusions qui s’imposent, et ce en dépit de leur caractère insolite.

Le professeur Charles Lawrence Grey faisait partit du corps enseignant de notre prestigieuse université depuis cinq ans lorsqu’il me présenta sa démission. Bien qu’assez jeune, ses rapports avec ses étudiants étaient plutôt ternes. C’était un homme d’une petite trentaine d’année à l’allure austère, renfermé sur lui-même, mais très enclin à l’étude. Sportif, il défendit brillamment nos couleurs lors de la grande course annuelle que se disputent notre établissement et celui de l’académie de sciences politiques, un évènement dans le monde fermé des grandes écoles.

Il était, je dois l’avouer, l’exact opposé de son père, l’éminent professeur Damian Lawrence Grey. Son cas est entaché de tragique, et cela n’a pas été sans incidence sur l’attitude de son fils. J’ai été témoin de la dégénérescence de ce grand esprit scientifique et rationnel, ce fut un poids très lourd à porter pour tout le corps enseignant. Disparu depuis des années, Damian L. Grey jadis grande figure de notre université, avait, selon toute vraisemblance sombré dans la folie. Grand orateur à ses débuts, il forma plusieurs des membres composant les cercles d’élites intellectuelles que nous connaissons aujourd’hui et ses méthodes de travail contribuèrent à élever le niveau de cette université à celui qui est le sien. Pourtant lors des dernières années qui précédèrent sa disparition, il tenait des propos plus qu’incohérents et j’avais peine à reconnaitre ce grand esprit derrière ce visage cerné et amaigri. L’affaire aurait pu s’arrêter là, si le professeur n’avait pas soulevé une vague de sympathie chez la plupart de ses élèves. Il défendait une théorie qui disait que nous, contemporains, étions dans l’ignorance qu’une civilisation antique aussi importante que celle des romains ou que des mésopotamiens, avait existé et qu’il en avait découvert certaines clés.

Dans un premier temps, son exposé fut accueilli de façon mitigée par la communauté scientifique. Mais l’importance du professeur Grey et les relations dont il disposait lui ont permis d’obtenir un financement, principalement de donateurs privés. Il porta son projet avec une ferveur qui finit par alarmer toute l’université, mélangeant ses propres théories au contenu de ses cours, allant jusqu’à occuper des amphithéâtres entiers, regorgeant d’étudiants. Le discrédit ne fut pas long à s’abattre sur cette figure devenue hirsute à cause du manque de sommeil et seule une dizaine de jeunes personnes lui restèrent dévouées. Il devint sujet de moqueries et de mépris, non seulement dans nos murs à mon grand regret, mais aussi sur la scène internationale du monde scientifique.

Son fils, le professeur Charles Lawrence Grey, qui enseignait dans la même université que son père, en plus de le désapprouver, subissait par ricochet les conséquences du comportement de Damian. Leurs relations en devinrent glaciales.

A la disparition de Grey père, Charles attendit trois ans avant de quitter les effectifs du corps enseignant.

Nous sommes restés sans nouvelles jusqu’à la semaine dernière, où le département des archives me contacta pour m’annoncer que deux dossiers leur avaient été déposés dans la nuit du vendredi. Le porteur ne s’était pas fait connaître et les avait simplement ficelé ensemble avant de les laisser sur le bureau du directeur.

Le premier était un livret manuscrit sur un papier usé, indubitablement de la main du professeur Grey fils, daté pour la première page de l’année 1886, l’année suivant son départ de l’université.

Le second se constituait de retranscriptions dactylographiées, dans le but de laisser une copie consultable à loisir, préservant ainsi l’intégrité des originaux. Cette méthode est courante pour les scientifiques de notre genre, c’est ainsi que je soupçonne les étudiants fidèles aux professeur Grey père d’en être les auteurs. Ils auront probablement gardé pour eux-mêmes une seconde copie de ces journaux et nous auraient communiqué les originaux pour nous permettre de vérifier l’authenticité des retranscriptions.

La lecture de ces documents m’a amené à reconsidérer certains aspects de l’affaire Grey. Je projette de rassembler un colloque constitués dans un premier temps, de spécialistes de confiance ayant su resté tout du moins dignes à l’égard de ces deux anciens professeurs avant d’aller plus loin dans mes démarches.

Si vous lisez ces retranscriptions, c’est que vous faites effectivement partie de ce cercle grâce auquel j’espère démêler la véracité des hypothèses Grey. Confirmer et vérifier ces lignes qui vont suivre, serait une avancée sans précédent pour la communauté scientifique et historique de notre civilisation. La découverte des pyramides d’Égypte ferait pâle figure face à ces révélations. Je vous prie donc, de faire preuve d’autant de recul que possible et d’appliquer nos méthodes d’analyse, recoupant témoignages et faits vérifiés avant de me faire parvenir vos conclusions préliminaires.

Laver l’honneur d’un homme brillant qui se serait sacrifié pour l’avancée de la connaissance, serait le couronnement de nos carrières à tous. Mais ce fait ne doit en aucune façon influencer votre lecture.

Sincèrement vôtre,

William E. Smith, doyen de l’université B.C

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