Projet L.L.L (long, lent et laborieux)

Abigaël, c’est un livre dont j’ai eu l’idée à la fac. Autant dire que ça fait un bon moment.

Et je ne vais pas vous mentir, c’est la galère. Pas parce que je n’arrive pas à avoir d’idées ou d’inspirations , mais parce que je suis complètement solo sur un projet qui prend sa race de temps, demande une chiée de concentration et un fucking réseau. N’ayant la jouissance d’aucun de ces trois éléments, c’est vraiment, mais vraiment, très dur… et frustrant. Surtout quand tu vois pleins de mecs (et de nanas, je parle au niveau général) qui avancent, concrétisent leurs projets et évoluent dans leur domaine. Toi t’es à côté comme un gros naze, à accepter des boulots alimentaires malgré tes diplômes et quand tu rentres chez toi t’es cramé tellement tu manques de sommeil…

Après, je suis admirative de ces gens qui réussissent, essayent, arrivent à faire quelque chose et je les regarde avec une véritable bienveillance. Mais, ils me renvoient aussi à ma propre incapacité à accomplir mes objectifs et pour ça, disons qu’un petit pourcentage de jalousie vient troller un peu tout ça. On est peu de chose…

 

Le réseau fait-il tout? Oui, je pense sérieusement que si tu n’as personne derrière toi, c’est juste la misère. Alors, attention, (et j’en parlerai très probablement plus tard) j’ai eu l’occasion d’avoir un réseau, mais ça s’est révélé être un désastre. Soit, des mecs qui n’avaient qu’une envie (me passer dessus) et qui se foutaient totalement de mes projets #boutdeviande, soit des « professionnels » avec lesquels on ne peut pas discuter.

En affaires, il faut des certitudes, tout le monde prend un risque avec un nouveau projet c’est naturel. Par contre, ce qui n’est pas normal, c’est que la seule personne qui n’obtienne jamais rien, bin… ce soit le porteur du dit projet. Alors oui, effectivement j’ai dit non à certaines propositions (autant les appeler comme ça), parce qu’en y regardant de plus près l’objectif de ces gens, c’était de profiter de moi et d’abuser.

Ce que j’écris, c’est ce qui est le plus précieux et je le protège autant que je le peux.

J’ai tout envisager, depuis l’adolescence, pour arriver à faire quelque chose des idées les plus pertinentes que j’avais. J’ai pensé à un nom de plume, d’abord parce que je trouvais ça plus professionnel, puis, les années passant… pour cacher le fait que je suis une femme. Pour obliger les gens à ne voir que l’œuvre et pas la personne derrière.

Je me suis demandé si je ne pourrais pas trouver un mec qui se ferait passer pour moi, l’auteur. Si, comme Jo dans les Quatre filles du Docteur March, je ne devais pas me présenter comme une simple intermédiaire entre l’auteur et les éditeurs…

Et ensuite, j’ai voulu me cacher et ça marchait… jusqu’à ce que le gars voit mon visage. Là, plus moyen de parler business, d’être prise au sérieux, considérée pour mon travail, et j’en passe.

Je me suis certainement mal débrouillée. J’étais influençable, impressionnable, et complètement naïve. Le manque de chance n’a pas aidé non plus, j’imagine, mais le fait est qu’aujourd’hui, je me suis totalement fermée et repliée sur moi-même. Sans attendre vraiment des autres, puisqu’à chaque fois (et je vous jure, je n’invente rien), à chaque fois, je me retrouvais sur le carreau. Pas même un petit conseil sur la marche à suivre.

On me demande beaucoup, « ha! mais tu cherches ça? Mais pourquoi tu m’as pas demandé? Je suis la solution à ton problème » (en gros, hein). Je fais un effort, histoire de ne pas être taxée de misanthropie ou d’arrogance (puisque c’est comme ça qu’apparaissent les gens qui se débrouillent seuls), et j’accepte le coup de main. Sauf qu’évidemment, il n’y a jamais de suite. On relance un coup, puis… ça prend DES MOIS! Pour qu’au final on te dise que « en fait non, j’ai vraiment pas le temps », ou « ha, non c’est mort maintenant on a attendu trop longtemps » etc etc…

Je ne rédige pas cet article pour me plaindre, c’est une mise au point que je fais avec moi-même pour arrêter de culpabiliser quand je vois d’autres personnes réussir à faire quelque chose.

Mais ne soyons pas idiots, j’ai merdé, beaucoup et longtemps. J’aurais dû beaucoup plus avoir confiance en mon travail et le défendre de manière plus intelligente. Se sentir en position de force quelque part, c’est déjà partir gagnant.

Ma nouvelle idée? Créer une boîte, un espace de co working vulgairement, qui me génèrerait un salaire et m’offrirait un lieu réel de travail. Sans rien devoir à personne, et avoir enfin la possibilité de réaliser mes projets. Là aussi, ça fait 3 ans que je suis dessus. Là encore, j’ai rencontré les mêmes mecs qui m’ont fait perdre du temps mais au moment où j’écris ces lignes, ça ne se passera plus comme ça.

Contrairement à ce qu’il y parait, ce n’est pas un post négatif. Loin de là. Peu importe, finalement, son réseau ou ses ressources, accrochez-vous. Tout le monde n’a pas la même vie, ni les mêmes facilités, ou occasions. Défendez votre travail et ne regrettez pas les décisions que vous avez prises. Je ne regrette pas les miennes. Même si j’ai failli être publiée, mais leurs méthodes de travail ne me plaisaient pas. Ces personnes ne me répondaient pas, ou si elles le faisaient, c’était pour mieux éluder la question que je leur posais. Vous avez le droit de savoir où vous mettez les pieds. Vous avez le droit de poser des questions et d’avoir des réponses. Vous ne devez pas vous laisser abuser.

Si vous choisissez par exemple, de collaborer avec un autre artiste par rapport à un projet et que vous acceptez de ne pas être rémunéré le temps de l’aboutissement du projet, il doit y avoir un contrat, une trace écrite qui vous protège, vous et votre travail. Ceci vous permettra de toucher vos droits d’auteurs lorsque l’œuvre sera mise en vente.

A contrario, si vous exigez un paiement pour une collaboration, c’est votre droit le plus strict… Mais si la personne qui vient vous voir n’en est pas au même stade que vous dans sa position de professionnel, et qu’elle a besoin d’une collaboration pour atteindre un objectif, ne soyez pas abusifs. Intéressez-vous à ce projet, regardez si ça peut valoir le coup, si vous pouvez en tirer quelque chose de positif pour vous, bref, si l’idée vous a convaincue, si vous croyez à ce projet, ne soyez pas salaud. Vous savez à quel point c’est dur, et qui dans la situation du porteur de projet, a les fonds nécessaires pour vous rémunérer comme le ferait une maison d’édition? Ces mecs-là ont besoin qu’on croit en eux et qu’on les aide un petit peu. Restez raisonnables dans vos demandes et vos exigences.

Le nombre de projets retardés à cause de situations comme ça…. Une fois, pour l’illustration d’une seule et unique page d’un jeu de rôle pour présenter le concept à un éditeur, le gars m’a fait poireauter 9 mois. Pour finalement, me dire « non » avec un seul et unique croquis d’un pauvre personnage, sans m’avoir rendu mes recherches et en s’étant concentré sur ses propres projets à la place. Si c’est ça les mecs, vous avez le droit de dire « non », c’est le droit universel quand on pose une question, mais dites-le rapidement. Peut-être que vous représentez une véritable lueur d’espoir pour la personne qui vous propose le truc et qu’elle compte énormément sur vous.

Ce mec, je le connais bien on est toujours potes, et il reste l’un des meilleurs illustrateurs non-pro que je connaisse, mais quel dommage… ça fait voler son crédit en éclat et ça m’a fait perdre quasiment un an. Je n’ai pas demandé à quelqu’un d’autre tout simplement parce que je m’étais engagée avec lui, que je croyais dur comme fer à son boulot et que, pensant avoir enfin trouvé un illustrateur, je me suis concentrée sur les autres aspect du projet.

Du coup, j’ai un jeu jouable (toujours à enrichir et à peaufiner), testé, kiffé par les testeurs, et pas d’illustrations….. Donc, pas présentable à un éditeur. C’est con. Pas grave, mais con. Et celle qui n’avance pas alors qu’elle a pleins d’idées, bah c’est moi.

Pour Abigaël, j’ai fini par avoir un peu plus de chance. Une nana super sympa, carrée et qui correspond à l’ambiance du livre. Elle est restée correct dans son tarif, ce qui fait que j’ai pu mener la collaboration à bien. En même temps, c’était plus de la lubie, du fan art pour présenter le bouquin autrement que par de l’écrit, juste pour vous donner envie de le lire. Donc, ce n’était pas aussi crucial que pour le jeu.

Notez que je dessine un peu aussi, mais soyons honnête, ça ne peut pas se prétendre être à la hauteur. Tout comme pour Poussin-Chat, c’est vraiment pour le kiffe et le délire, même si j’ai une formation de dessinatrice (un an seulement, ne vous emballez pas), je ne suis clairement pas au niveau.

Je pense qu’il n’y a que le travail qui paye. Ma plus grande faiblesse, c’est que je me suis laissée parasiter par ces situations négatives et du coup je me suis retrouvée paralysée. J’ai réussi à avancer, pas à pas, j’ai créé des choses, mais toujours avec le doute, une appréhension, une mésestime de ma capacité à achever mes projets et les faire connaître. Et mon travail s’est fatalement espacé, jusqu’à passer des semaines sans rien écrire. Ne vous tirez pas une balle dans le pied vous-même. Quoi qu’il arrive, continuez de bosser.

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