L'OURSE A PLUMES

auteure - illustratrice - chasseuse de trésors
Expression libre

Page blanche?

Le syndrome de la page blanche est l’un des principaux problèmes que peut rencontrer un auteur. Qu’il s’agisse d’un sujet imposé, ou d’une démarche de création personnelle, il peut arriver que la page sur laquelle on se penche reste désespérément blanche.

Chacun y va de son petit commentaire, et de sa petite expérience dans le pure style « moi je », juste histoire de parler d’eux et de leur nombril. C’est une expérience dont un auteur en demande d’aide se passerait bien, vous voyez le tableau? Et si je dis ça c’est parce qu’écrire ce n’est pas une expérience de vie basique en mode deux potes se racontent des galères à la terrasse d’un café. Non. Écrire, mec, c’est pas une expérience sociale qui peut se raccrocher à un schéma que quelqu’un d’autre aura déjà vécu et tu sais pourquoi?

Non? Bah tiens, c’est pour ça que t’es encore là, parce que je vais te le dire.

Écrire c’est par définition une activité solitaire, sans autre interlocuteur que toi-même. Tu es en face de toi, sans filtre ni filet de sécurité et c’est souvent pour ça que ça commence à sentir moyen la merde. Parce qu’en général, ce que tu vois à ce moment-là, ben ça ne te plaît pas tellement.

La plupart du temps, tu vas te retrouver en face d’un bon gros vide bien dark de la mort qui pue. C’est juste un petit trolling de ton esprit pour te rappeler à quel point t’as du chemin à parcourir. En fonction de ton vécu, de ta personnalité et de ta fucking confiance en toi, cette phase de vide absolu va être plus ou moins longue, tu vas reprendre le dessus et arriver à refaire fonctionner ton cerveau pour autre chose que des vidéos virales sur youtube.

Personne n’est à ta place, personne n’a le même vide que toi, personne ne va faire le boulot à ta place, bref, c’est comme quand tu né et quand tu meurs : t’es seul. Ouais, je compare le principe même de l’existence avec l’écriture, et je le vis bien.

Plus sérieusement… Demander à un auteur des explications, des techniques pour « apprendre » et avoir des exemples pour ta propre expérience d’écriture, c’est juste essayer de voir avec des verres à triples foyers alors que t’as pas besoin de lunettes. La perception ne peut pas être la même. Tout ce que le gars va pouvoir te dire pour t’aider (alors que soyons honnête, ça pète les bollocks léger) c’est sa propre méthode de travail. Et là encore, c’est quelque chose d’absolument subjectif puisque cette fameuse méthode (s’il est cap’ de t’en dégager une, parce que faut pas se leurrer, si le mec a trouver un truc qui marche c’est juste miraculeux) n’existe qu’après beaucoup, beaucoup, beaauuuucoooouuup, de temps, de souffrance et d’années d’angoisses, elle est (encore une fois) adapté à celui qui te la donne, puisque (ho! surprise) c’est lui qui l’a « créée ».

Je suis partie loin là, mais revenons à nos moutons.

On arrête de faire croire que le Père Noël existe (désolée, spoilers) et on va regarder la terrible vérité. Aucune solution miracle, pas de recette magique, pas de prières ni de divinité cachée chez Lovecraft, nada.

Tu veux écrire? Si tu as le syndrome de la page blanche c’est que quelque chose ne va pas (t’aurais jamais deviné tout seul hein?). Mais c’est un truc profond, qu’en général tu n’as pas voulu réglé. Tu as tout simplement peur. Ou alors t’es trop con pour construire ton plan ou ta phrase, mais là je peux rien pour toi. Tu as peur de quoi? Tu es dans l’attente du résultat. C’est souvent ce qu’il se passe quand on a une activité artistique, de la finalité de ton boulot va découler tout le reste : retour critique, succès ou échec, reconnaissance, avancée professionnelle, revanche et que sais-je encore, je suis pas dans ta tête de malade. C’est normal de se projeter, et parfois ça ne va pas si loin, ça peut simplement être le fait de lier deux chapitres ensemble.

Dans ce genre de situation, si tu fais quelques recherches ou si tu demande conseil autour de toi on va te sortir des techniques plus ou moins pertinentes et qui vont plus ou moins te parler. Sachant que le syndrome de la page blanche n’est pas forcément qu’un manque d’inspiration, mais plutôt un enchevêtrement de sentiments contradictoires qui forment un cercle tellement vicieux que tu n’arrives même plus à t’en apercevoir, tu te doutes bien qu’un « conseil » balancé comme ça hors contexte et sans te connaître un minimum, ça va pas servir à grand chose. Si! Tu vas tenter le coup et comme ça va foirer (normal y avait 0,000001% de chance) tu vas te sentir encore plus merdique.

Je ne te connais pas, je n’ai pas la moindre idée de ce que tu veux raconter ni pourquoi tu veux le faire, et je dois bien avouer que je m’en bats les boobs, je hais les auteurs contemporains et leurs motivations. Je serais donc tentée (très tentée) de te dire que je ne peux rien pour toi, mais t’as du bol je suis dans ma phase altruiste. Il n’y a qu’une chose qui puisse aider dans une entreprise aussi particulière que celle de la création et ça s’appelle la discipline. Je sais, c’est un gros mot. Et pourtant ça fait mouche. Discipline, rigueur et auto-contrôle. Autrement dit, si t’es encore dans ta phase adolescent attardé, ça risque de se passer moyennement bien. Tu pondras bien quelque chose, mais de là à dire que ça sera bon…

Bien-sûr, il faut savoir prendre du recul de temps en temps et décrocher quand c’est nécessaire. Mais chaque obstacle n’est pas un prétexte au décrochage, tu me suis?

Sors-toi les doigts de là où tu les as fourré, concentres-toi et bosses bordel. Arrêtes de te trouver des excuses et mets-toi au boulot, en mode chinois dans une cave s’il le faut, mais temps que tu n’auras pas trouver tes propres petites astuces pour te concentrer dans un moment de flottement, pas de pitié. Et ça, c’est ta récompense, connaître ta propre méthode de travail, ce qui marche, tes préférences et tes petits mots magiques. Tu les trouveras, mais avant, c’est souffrance mode hard core en high level jusqu’à ce que tu trouves ton propre rythme.

Mais t’en fais pas, tu vas y arriver. Quand tu es sur un truc, sois uniquement là-dessus. Fais le vide et oublie tes espérances de résultats. Plonges, tout simplement. La seule personne qui va te juger (si on le fait, c’est que tu as donné la permission, donc ne vient pas te plaindre) c’est toi. Fais-toi confiance mot par mot, ligne par ligne et page par page. Relis-toi, remets-toi en question, critiques-toi sans arrêt. Réfléchis, reformules, recommences, encore et encore, autant de fois que toi, tu l’estimera nécessaire, même si tu as la flemme. Tu vas voir qu’une journée c’est vite passé, surtout quand tu n’as finalement pondu que 400 mots au bout de 8h de taff.

Le premier stade de la vraie création c’est la douleur, certains le passent, d’autres pas. Mais finalement, ce que tu vis, saches que tout le monde s’en tape, et que tu ne sera que très rarement estimé là-dessus, en tout cas, jamais autant que ce que tu penses mériter. Alors autant y aller à fond et tenter ta chance.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :