Observations sociales : le cas « Femme »

Il a fallu que je grandisse et devienne adulte pour m’apercevoir que les différences posent souvent un problème.

Je vous passe la période pendant laquelle on m’avait affublée d’un second prénom juste parce que j’étais plus grosse que les autres petites filles (oui, la cortisone ça reste de la bonne merde…) Non, là je ne parle pas de microcosmes sociaux comme l’école, la fac ou la cours de récréation. Je considérais ces espaces comme entre parenthèses, sans véritable valeur dans la société, comme les enfants qui jouent dans leur petit monde et qui disent à tout bout de chant « Disons que… » « On fait comme si… ».

Mais la société est une gigantesque cour de récréation. Je pensais que l’intolérance ou la méchanceté était inhérente à l’enfance, avec le brin d’innocence qui accompagne l’ignorance due au jeune âge.

Au fil du temps, j’ai commencé à comprendre qu’être différent pose un sérieux problème. Je ne peux hélas pas témoigner de grand-chose, étant blanche, avec un nom bien « français », ayant maigris et sans particularité physique qui dépasserait de la « norme », je serais un bien piètre porte-parole pour la défense générale. Non, je ne vous parlerais pas de la difficulté d’exister en tant que personne de couleur, ni de la haine qu’on se prend quand on porte un signe ostensible de sa religion ou pas… non, je ne peux que vous parler de ce qu’est d’être une femme.

Mon père voulait un garçon (il a le droit hein.) et ma mère disons… n’était pas suffisamment solide pour élever un enfant. Ce n’a pas été très surprenant qu’en tant qu’unique progéniture, je reçoive une éducation qu’on réserve plutôt aux « mâles », en général. Pleinement consciente que j’étais une fille, ça ne m’a pas posé de problèmes existentiels. Je trouvais ça vraiment amusant de me battre à l’épée en plastique avec mon père, de faire des sports de combat, de tirer à la carabine tout en gardant mes cheveux (très) longs.

Je suis arrivée dans cette société sans avoir ce que beaucoup de filles et de femmes ont développé : sans avoir peur.

Compréhension ? Connais pas.

Indulgence ? Pourquoi faire si on ne m’en témoigne pas ?

Patience ? C’est pour les enfants.

Coups en douce et ragots ? J’ai pas que ça à faire.

Douceur à outrance ? A quoi ça sert si rien n’avance du coup ?

Je me suis rendue compte que la société attendait un certain comportement de ma part, un comportement « féminin », qui, à contrario de l’éducation que mon père m’avait donnée, devait s’apparenter à… de la faiblesse.

L’explication à cette attente n’est pas très claire, ou au contraire, elle ne l’est que trop. C’est simplement qu’il n’y a pas de logique derrière, à part la « tradition ». Tu es une femme, c’est normal.

J’ai tendance à me dire qu’avant d’être de tel sexe, de telle ethnie, de telle merde ou de telle autre, je suis avant tout un être humain qui doit se débrouiller et s’adapter à son environnement.

Société patriarcale ? Honnêtement… ça m’est absolument égal, tant que tu ne me fais pas chier.

Tu me siffles dans la rue (autant de fois qu’il faut pour que je me retourne), déjà je dois comprendre que c’est pour moi. Ensuite, ne sois pas étonné si je m’avance vers toi pour te dire ma façon de penser et t’exploser une rotule si nécessaire.

Je n’ai pas peur. La violence ? Ce n’est pas un truc d’homme, c’est un truc d’être humain. Je suis incapable de violence (verbale ou physique) parce que je suis une femme ? Même en talons je peux te faire très mal, rassures-toi.

Je peux vous dire qu’un homme est tout aussi surpris quand son agression lui est renvoyée en pleine face.

La domination n’est pas qu’exclusivement masculine, elle est exclusive à celui qui l’impose.

Se défendre, ça fait peur, je comprends. Mais ça fait surtout peur à votre agresseur. Montrer qu’on n’a pas peur, qu’on est prêt à en découdre avec une posture droite et impassible, c’est gagner le premier round. Il n’y en a que rarement un second.

Pourquoi les femmes ont elles si peur ?

Pourquoi vous défendez-vous de vous défendre ? (ho, elle est pas mal celle-là, je vais la replacer.)

Qu’est-ce qui vous fait si peur à la fin ?

Le viol ? On demande à Théo si ça n’arrive qu’aux femmes ?

C’est normal d’être prudent, méfiant même dans certaines situations, mais la peur ne doit pas vous paralyser. Se comporter en victime alors que rien ne vous est encore arrivé, c’est attirer l’attention d’un prédateur potentiel. Ça ne veut pas dire que vous êtes invulnérable, ni que la violence gratuite est une légende, ni qu’il faut absolument réagir à chaque fois en faisant fit du danger latent.

Je n’ai pas de solution miracle, je ne dis pas que la souffrance en l’occurrence ici, des femmes, n’est pas réelle ni justifiée… Je suis comme vous, toutes.

Tout ce que je sais c’est que je n’ai pas peur. J’observe toujours, je prends conscience de ce qui m’entoure, des personnes qui sont présentes, je ne me mets pas inutilement en danger.

N’ayez pas peur. Commençons par ça. Soyez maître de la situation peu importe où vous êtes. Ne faites pas confiance à n’importe qui, sachez vous débrouiller seule, sachez trouver des solutions seule, sachez être indépendante.

Soyez toujours en position de force.

En position de dire « non » en toute sérénité. N’ayez pas peur. Si on vous attaque, défendez-vous, ne vous laissez pas faire. Soyez aussi fortes que les hommes, dans votre mental, votre confiance en vous.

Mais vous savez, même avec un comportement de gagnant, un moral d’acier, c’est usant. Tous les jours, partout où on passe, peu importe ce qu’on a à faire, si on discute tranquillement au téléphone, dès qu’on croise plus de dix personnes on se mange au moins une réflexion. Devinez un peu, si on s’en mange autant, c’est parce qu’on se comporte comme des victimes et qu’on ne réagit jamais.

C’est dans notre posture à nous, les femmes, que les choses doivent changer. Vous pensez mériter du respect ? Parfait, soyez-en dignes dans ce cas. Ça ne se joue pas à votre façon de vous habiller, mais à celle de vous comporter. Réagissez !

Vous avez peur ? Une bombonne de laque petit format dans votre sac, c’est comme une lacrymo et ce n’est pas considéré comme une arme, donc personne ne vous prendra la tête pour « préméditation » (non je déconne pas, si vous vous défendez avec une arme, c’est pour votre gueule, c’est comme ça.) Voilà, vous êtes armée vous aussi maintenant. Même si le gars a un couteau, vous pouvez vous défendre. N’ayez pas peur, ni de vous faire respecter, ni de vous défendre, ni de rendre la violence qu’on vous envoie.

Si on vous importune dans la rue, vous envoyez la personne chier et vous passez votre chemin. Vous ne cherchez pas à discuter, vous tracez un point c’est tout. Soyez ferme et dites-vous simplement que vous n’avez pas que ça à faire ! Pas que vous êtes une victime parce que quand-même c’est pas gentil de parler comme ça, etc…

Ne vous laissez pas atteindre par tout et n’importe quoi non plus…

Il y a des choses qui peuvent blesser, c’est vrai, mais franchement… tout le monde se mange de la méchanceté tous les jours.

Faites la part des choses. Il y a des comportements qui ne méritent pas qu’on s’y attarde.

Vous trouverez toujours des abrutis partout et en toutes circonstances, tout le monde est concerné.

Là où c’est délicat à gérer, c’est la redondance. C’est ça qui est usant, se prendre des réflexions, à longueur de journée par des personnes différentes.

Je pense qu’à force de nous défendre, ça devrait se ralentir. Il faut un peu de courage et de persévérance. On ne changera pas les choses d’un coup de baguette magique, mais on peut préparer le terrain pour les générations suivantes.

Ça veut aussi dire qu’il faut éduquer vos gosses à côté !

L’irrespect de base, dans sa conception large et entière, ça vient aussi du manque d’éducation et d’un problème dans le rapport aux autres, d’un déséquilibre dans les rapports de forces… Je pense qu’une femme milite plus pour la cause féministe si elle arrête de faire n’importe quoi dans l’éducation de ses enfants. Parce que soyons honnête… s’exhiber seins nus dans une cathédrale…. Je ne vois pas bien l’intérêt.

Soyez fortes, dans tout ce que vous entreprenez. Gardez le contrôle, y compris sur l’éducation de vos enfants. Soyez fortes, face à votre père, votre mari, votre fils, votre fille, patron, amis…

Prenez votre place dans la société et restez dignes du respect qui vous est dû et que vous témoignez vous-même autour de vous.

N’ayez pas peur. Soyez courageuses, sachez prendre les décisions qui s’imposent, même si ça veut dire vous retrouver célibataire, ou un peu isolée. Ça passera. C’est difficile pour tout le monde. Battez-vous, comme tout le monde.

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