L'OURSE A PLUMES

auteure - illustratrice - chasseuse de trésors
Expression libre

MERLIN, la série (anglo-saxonne#jétalemascience).

Attention: spoilers possibles (légers mais quand-même), article looooooong (mais avec des dessins et des images ouaaiiiiiiiis!!!). Je précise également que cet article date du 01/02/2013, bah ouais j’avais besoin de contenu les gars.

          Bon, alors déjà revoir Giles de Buffy contre les Vampires, comme ça à sec, sans aucun préliminaire ni de préparation psychologique, franchement… il m’a fallu deux minutes. J’ai pris un sacré coup de vieux, notez, pas autant que lui mais suffisamment pour investir dans une crème antirides… Mais ce sentiment n’a pu s’installer vraiment que lorsque le choc des premières minutes du premier épisode fut passé.

Car oui, c’est à cet instant précis que j’ai découvert Merlin, le Merlin légendaire et tout le touin touin et c’est peut-être idiot, mais je ne le voyais pas comme ça… Dans cette série, Merlin est jeune, Merlin est brun, il a les oreilles décollées genre Dumbo’s style et a la dentition d’un cheval. Bin, croyez-le ou non, ça fait drôle. Déjà après ça, je ne me sentais pas très bien, alors vous imaginez quand j’ai reconnu l’acteur qui joue le rôle d’Uther Pendragon qui, d’ailleurs s’adonnait à l’une de ses passions les plus dévorantes : l’exécution publique d’un mec ayant pratiqué la magie.

Pas de bol pour Merlin qui vient d’arriver en ville et qui est déjà fort de grands pouvoirs, d’où le dicton « l’habit ne fait pas le moine », oui mais là ça va peut-être un peu loin… Or, si notre brave (et le mot est choisi avec parcimonie) Merlin se retrouve à Camelot, c’est sous l’impulsion de sa chère maman qui a trouvé plus sûr de l’éloigner de son village natal, où les gens commençaient à se poser des questions.

Évidemment, envoyer son gosse bourré de pouvoirs magiques, très précisément là où on dénombre la plus importante chute démographique de sorciers du royaume, là je dis : brillant.

Un roi cruel, une mère aimante mais dépassée, un jeune geek magicien en quête d’aventure, il ne manquerait plus qu’un vieux sage, genre père de substitution pour notre héros, un gros bill qui va devenir son meilleur ami et une grognasse lambda.

Y a qu’à demander ! Coup de bol, la mère de Merlin a des relations, et attention c’est du sérieux ! Gaïus, le médecin de la cours, rien de que ça. Bon, c’est vrai qu’il ne ressemble plus à grand-chose, surtout avec la serpillère qu’on lui a collé sur la tête, mais la longue tunique rouge et une crinière blanche, ça y est on a notre sage. Ce cher Gaïus est donc prié par courrier, rédigé d’une écriture manuscrite à faire pâlir d’envie les enlumineurs de Charlemagne, par la môman de Merlin, de prendre soin de son fils. Oui, en gros elle le lui colle dans les pattes parce qu’elle ne sait plus quoi en faire, c’est ça l’idée. Ha, le désengagement parental… ce fléau nous suit donc depuis le Moyen Age… Notez que ça n’a pas empêché cette tendre Hunith (môman de Merlin) d’apprendre à écrire et de se procurer un parchemin d’excellente qualité coûtant un rein dans la réalité, mais c’était sûrement les soldes à la papeterie.

Sachez donc que dans la série Merlin, les pégus paysans savent lire, écrire et payer leurs taxes. C’est-y pas merveilleux ?

En tout cas ça explique l’essentiel des problèmes à gérer par le souverain, et par là j’entends l’unique problème, le plus gros, le plus important pour un roi : la guerre contre la magie. Oui, bon c’est vrai, de temps en temps (et c’est pendant les épisodes de remplissage) il y a un ou deux problèmes mineurs d’invasion ennemie et de traités de paix pas respectés du fait d’un sorcier en général (on ne change pas une équipe qui gagne). Manifestement, la magie c’est le seul et unique problème de tout le royaume de Camelot. La seule explication logique pour moi, c’est qu’Uther a dû avoir une mauvaise expérience d’attouchements pas très orthodoxe avec un druide quand il était petit et qu’il veut se venger. Oui, un peu comme certains de nos prêtres catholiques, c’est ça. Car évidemment, notre héros est un adolescent et ce qui caractérise les adolescents, c’est leur propension à la conner l’exagération. Donc,  heureusement que notre cher Gaïus est là pour canaliser un peu le caractère de Merlin, que je trouve étrangement raisonnable pour un jeune sorcier déjà surpuissant.

C’est également le cas du gros bill, Arthur, jeune prince héritier du trône. Même s’il fait un peu enfant pourri gâté, et encore mon chat n’est pas mieux, on aurait pu s’attendre au pire avec les personnages précédents.

En gros, c’est le beau gosse du royaume, ultra balèze au combat et c’est vrai qu’une fois qu’on s’est habitué au fait qu’il s’est sûrement prit une porte dans la face, il est à peu près regardable.

Enfin bon, le personnage va évoluer assez vite et de manière plutôt intéressante, ce qui va apporter une certaine profondeur à la série. Un peu trop vite en fait, puisqu’au final, les seuls défauts d’Arthur se manifestent de manière exagérée et au compte-goutte. A la fin de la première saison, ça y est le personnage est relativement solide, tout en restant un fils à papa, et Merlin est son meilleur copain. Oui, puisque notre jeune geek magicien, est entré au service du prince. Le puissant Merlin en valet de pied ça vous fait bizarre ? A moi aussi, rassurez-vous.

Qui dit équipe standard d’héroïque fantaisie, dit forcément : boobies, généreuses poitrines !!! Je parlais d’une grognasse lambda un peu plus haut, souvent le grand amour de l’un des héros et qui se met toujours dans des situations impossibles que n’importe quel individu doté d’un cerveau aurait su éviter. Mais comme chacun sait, les grosses poitrines merlin2compressées dans un corset trop petit, ça empêche un peu l’air d’irriguer les neurones, on le pardonnera donc à Guenièvre. C’est une servante (encore), et plus précisément la dame de compagnie de Morgane, oui, je sais, on y reviendra. Autant, l’idée de souligner la force du peuple d’en bas par rapport aux puissants est assez agréable, autant la servante qui a la peau noire, je trouve ça limite. On frise le mauvais goût, heureusement que c’est Genièvre et qu’elle va monter sur le trône mais bon….

Dans la vraie version, c’est une princesse et je pense qu’une princesse black ça aurait pu être autrement plus classe, mais chacun son point de vue. Là au moins, elle est présente dans tous les épisodes et on comprend (car c’est souligné très subtilement) qu’il s’agit d’un véritable amour, qui transcende les classes sociales, c’est-y pas beau ? Elle est aussi la grande amie de Merlin, car sans véritable amitié platonique, on aurait évité un autre cliché et ça, ce n’était pas compris dans le cahier des charges. Mais au fait, j’y pense, les personnes de couleurs à cette époque, elles étaient considérées comme sorcières d’office et cramées bien salement sur un bucher, non ? Et sinon c’étaient des Sarrasins ou des Maures, ennemies de l’Europe médiévale. Au moins, le coup de la princesse black aurait eu le mérite de se tenir historiquement,  mais passons.

Mais il nous manque l’ultime personnage phare d’une mauvaise série digne de ce nom : le méchant ! Et là, je dois dire qu’on a un combo : grognasse, boobies, méchant ou plus clairement une méchante grognasse avec boobies. J’ai nommé Morgane, pupille d’Uther et sa fille aussi accessoirement, oui, oui, je sais, mais on n’y peut rien. C’est celle qui est la moins raisonnable de toute l’équipe, coïncidence ? En fait, c’est la seule qui incarne le mieux une adolescente en pleine crise. Gentille au début, mais qui tient tête à son tuteur pour la justice et la bonne cause, elle en devient irritante, voire assez énervante. Bon, d’accord, elle est extrêmement chiante, surtout avec ses yeux de biche effarouchée et sa fausse fragilité.

Rectification, elle est fragile, mais c’est tellement mal joué qu’on en sauterait par la fenêtre.

Fort heureusement, les deux dernières saisons lui offrent la possibilité d’exprimer pleinement le fameux boss de fin très très puissant et très très méchant. Beaucoup plus belle, plus terrible et plus forte, « Mad Morgane » devient l’un des piliers de la série. Quand on sait que c’est dû à une crise d’ado mal gérée, ça le fait beaucoup moins, mais merlin4nous ne sommes plus à ça près finalement. D’ailleurs pour son nouveau look de méchante, qui lui va comme un gant,  soyons honnêtes, je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans la tête de la costumière. Je ne sais pas, elle a dû voir le manga Ergo Proxy la veille et trouver ça super cool, parce que Morgane est le sosie de Re-l Mayer. Je crois que la maquilleuse était dans le coup elle aussi. Re-l  « Gothique Morgane » est obsédée par sa vengeance contre Arthur (qui ne lui a rien fait si on réfléchit bien) et par Emerys, l’autre nom donné à Merlin par les druides qui lui est révélé lors d’une prophétie comme étant son destin et sa perte. Paye ton originalité…

Et puis, on dit très puissante, mais elle se prend tellement de torgnoles et de coups de poignards qu’elle en deviendrait le gruyère le plus sexy que je n’ai jamais vu.

En fait, ce qui est assez troublant, c’est qu’on ne comprend pas pourquoi Morgane est devenue « Mad Morgane ». La seule raison c’est qu’elle se croit la légitime héritière du trône de Camelot et qu’elle en a été évincée. Mais ces deux faits sont faux si on y regarde bien… Oui, même si la série est assez what the fuckesque dans son genre, ils ont au moins respecté le fait historique qu’une femme ne pouvait pas hériter d’un trône, bin tiens, quitte à ne respecter qu’un seul fait historique, autant prendre celui du macho qui se gratte les coui l’entre-jambe. Ceci étant établi pour tout le monde, il n’y a pas d’évincement qui tienne. Logique. Donc, « Mad Morgane » s’est fait un très mauvais film, probablement dû à un abus de consommation d’acide et au final on se dit que cette série ne tient même pas la route de son propre scénario. Mais « Made Morgane » est tellement bonne jolie, qu’on n’en tiendra pas rigueur aux producteurs ni aux scénaristes.

Voilà le véritable pouvoir dans ce bas monde : les boob généreuses poitrines.

Malheureusement pour nous, quand on parle du roi Arthur, on pense forcément aux chevaliers de la Table Ronde. Pourquoi malheureusement ? J’avoue que je n’arrive pas à me décider. Est-ce à cause de Perceval et de sa cotte de mailles-débardeur, avec son air de ne pas savoir compter jusqu’à deux ? Ou du chevalier Léon qui s’en prend systématiquement plein la tronche, ne me demandez pas je ne sais absolument pas d’où ils ont sorti un chevalier avec ce nom. Ou encore de Gauvin dont le brushing est sûrement sponsorisé par Head and shoulders ? Mais je crois que ce qui m’a tué, c’est Latino-Lancelot. « Yé souuiis lé chévalier blaannc ! » Ha, tu m’étonnes, avec ses yeux de merlans frits et sa grande diversité d’expressions faciales, tu as juste envie de le boxer du début à la fin. Si seulement il était crédible, mais là on s’attend juste à le voir dégainer sa paire de castagnettes et un plateau de tapas.   merlin3

Notez que tout ceci ne vaut pas Agravain, l’autre vilain récurrent de la série, allié de Morgane et oncle d’Arthur. Je veux dire qu’il y a très clairement écrit trou du c « je suis méchant » sur sa tronche, mais aucun problème Arthur récemment couronné roi, lui accorde une confiance aveugle. C’est absolument prodigieux, dès qu’il y a un plan sur lui, il fait un petit sourire en coin très subtil et on l’entendrait presque penser « Gnâ ! Je suis méchant ! ». Évidemment, seuls Merlin et Gaïus connaissent la vraie nature de ses intentions, et s’efforcent de déjouer ses plans machiavéliquement prévisibles. Là aussi, ça aurait été dommage de louper ce cliché, bien joué les mecs.

Vous allez me dire que ça fait quand-même beaucoup pour ce pauvre Merlin tout puissant qu’il soit, d’autant plus qu’il agit dans le plus grand secret et a pour consigne absolue de cacher sa nature de sorcier. Soyez rassurés, les producteurs lui ont trouvé un autre allié, légèrement plus utile et puissant qu’un vieux frileux : un dragon. Enfermé sous le château de Camelot par Uther (probablement pour alimenter les fourneaux de la cuisine), le dragon instruit Merlin sur ses pouvoirs, son destin et tout le reste. C’est assez pratique, dès que Merlin a un problème, hop ! Il court chez son copain à écailles et le problème est résolu. Non, ce n’est pas aussi simple, parfois le dragon donne des conseils que Merlin réprouve et donc il y a un cas de conscience qui dure et qui dure et qui dure encore dans le crâne du magicien. Et comme tout adolescent qui se respecte, il décide de n’en faire qu’à sa tête pour finalement constater à la fin, bin qu’il aurait mieux fait d’écouter le dragon. « Tiens donc, une créature légendaire qui doit avoir bien dans les deux mille ans et qui sait tout, aurait-elle raison et moi tors ? Étonnant… »

Depuis le début de cette série, je me suis toujours demandé quels auraient été les conseils du dragon si Arthur avait eu des hémorroïdes, ou une bonne diarrhée un bon mal de ventre impossible à soulager. Tout ça provoqué par l’action d’un sorcier malveillant évidemment.

L’énigme reste entière, mais plus sérieusement, on peut comparer cette créature comme le guide spirituel de Merlin, l’équivalent de son âme damnée contrairement à Gaïus qui serait plutôt la voix de la raison, entrainant le jeune homme à considérer l’aspect pragmatique et scientifique des choses. Quel que soit le domaine dans lequel on choisit de se placer, Merlin surpasse ses deux maîtres, réconciliant d’une certaine manière le monde spirituel avec celui du terrestre et accomplissant métaphoriquement l’une des étapes de son destin. L’autre partie étant de sauver les miches d’Arthur, mais c’est beaucoup moins poétique.

C’est d’ailleurs ce bon vieux dragon qui forge Excalibur, la fameuse épée censée rendre Arthur légitime à l’accession au trône du royaume de Logres. Dans cette série, ce n’est pas tout à fait ça. Je vous passe les détails, mais en gros Merlin est prié par le dragon de cacher l’épée et je vous le donne en mille, plouf il le colle au fond d’un lac. Une main sort de nulle part et chope Excalibur au vol pour l’engloutir sous les eaux. Tout ceci n’a aucun sens, mais je ne pourrais plus le dire puisque mon cerveau s’est fait la malle au bout de la deuxième page. Bon, je pense qu’un des producteurs, à un moment de la série, a quand-même dû ouvrir un bouquin et à découvert qu’en fait, Excalibur est plantée dans un rocher. Ha! c’est vraiment pas de bol, mais nous sommes au cinéma et la magie (la vraie) du retournement de veste demeure la meilleure carte de tout bon scénariste. Ça a dû se passer comme ça :

« Hé, Roger (ouais il s’appelle Roger le mec) ! L’épée, elle devrait pas être dans un rocher normalement ? »

« Hein ? Tu rigoles ? Où t’as vu jouer ça ? »

« Bin, c’est écrit-là et puis toutes les autres séries font pareil… du coup on s’est planté non ? »

« Ha, merde ! Bon, c’est pas grave, laisse, je m’en occupe. »

Donc, Merlin va récupérer l’épée puis comme elle ne doit pas servir dans plus d’un épisode à la suite, (arrêtez de me demander pourquoi je n’en sais fichtre rien !)  il retourne la cacher ailleurs que dans le lac, parce que je ne sais pas, c’était trop évident comme cachette. Il s’enfonce dans la forêt, trouve un rocher, jette un sort à l’épée et hop ni vu, ni connu, il la plante dedans. Voilà, ça, c’est fait. Bien joué Roger.

Il n’en demeure pas moins que cette série n’est pas désagréable à regarder, on s’y laisse prendre assez rapidement, même si chaque dénouement reste aussi prévisible qu’une maison à 3 mètres de distance en plein soleil. On a tout de même un peu de mal à rentrer complètement dans la quête de Merlin puisqu’à l’inverse de lui, nous le public attendons avec impatience que tous les efforts qu’il a produit et auxquels nous avons participé (bin, oui, on est les complices), soient enfin reconnus et notre participation avec. Je dirais que c’est tout à fait le genre de série qui est mauvaise, indubitablement, mais qu’on aime tout de même suivre.

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