Le personnage du Chat Gris

Pendant un long moment de la rédaction, il était blanc. C’était un souvenir un peu trop fort d’Alice au pays des merveilles. Et puis mon chat est décédé avant la fin du roman. Il est en dédicace du livre, un compagnon infaillible qui a vécu et m’a accompagnée dans mes moments noirs. C’était un magnifique chartreux, aux poils gris donc. A sa mort, j’ai décidé de lui rendre cet hommage en changeant la robe du chat d’Abigaël. Voilà pour le petit moment sentiment.

Il apparait dans le bar à cauchemars lorsque Bianca et Abigaël font connaissance. Il y a plusieurs éléments à relever concernant ce personnage. Tout d’abord, il connaît les lieux depuis plus longtemps que la serveuse elle-même, il semblerait aussi qu’il connaisse des endroits cachés, des sorties et des entrées. Nous ne savons pas si elles sont assez larges pour laisser passer un petit animal ou quelque chose de plus gros.

Ce détail devrait alerter le lecteur sur le caractère pas totalement sûr de l’endroit où Abigaël se trouve. Le fait aussi que Bianca ne sache pas où se trouvent ces fameux endroits démontre qu’elle n’est pas toute puissante dans ce lieu, ce qui se révèlera par la suite.

Elle possède un lien particulier avec cet animal. Ils se comprennent et parlent ensemble, chacun avec son propre langage cependant. J’ai souhaité insister sur la douceur de la fourrure pour faire un parallèle entre eux. Bianca est douce, même si ce n’est pas clairement explicité, le velours de sa robe, le grain de sa peau, la texture de ses cheveux, il y a dans sa féminité, quelque chose de très félin. Le chat en est un alter-égo, une âme sœur.

Lors de mes lectures d’adolescente, je suis tombée sur une légende japonaise, que j’explique dans le chapitre, concernant la faculté qu’ont certains très vieux chats à se transformer en jeunes filles. J’ai trouvé cette idée tellement pleine de poésie, de mélancolie et de promesse quant à ce que peuvent devenir les vieux chats que je ne l’ai pas oubliée. Je suis du genre à raconter des histoires merveilleuses aux enfants, pleines de rêves alors ça m’a beaucoup parlé.

 

Le chat gris possède donc aussi ce pouvoir. Le fait qu’il prenne l’apparence d’une danseuse accentue son lien avec Bianca. Par contre, nous ne savons pas s’il a un quelconque pouvoir de décision quant à cette apparence. L’a-t-il décidé lui-même ? L’a-t-il naturellement ? L’a-t-il adopté par rapport à Bianca ou non ? Dans ce cas la connaissait-il lorsqu’elle dansait sur scène ? L’a-t-il connu ?

Une foule de questions peut arriver dans la tête du lecteur et bien que je n’y réponde pas, la suite du livre dévoile au moins que ce chat est un être d’exception.

L’imagerie populaire est assez loquace concernant les chats et leurs éventuelles affinités avec le monde invisible. Il n’est pas rare d’associer le chat à un univers magique ou occulte. J’emprunte volontairement des raccourcis qui parleront très facilement à certains mais pas à d’autres. J’imagine que c’est en cela qu’un auteur assoie son propre univers et ses propres références.

(dessins de moi -_-)

Ce personnage reprend aussi une fonction à laquelle on ne l’associe plus vraiment aujourd’hui, mais qui fut très importante dans des civilisations antérieures : celle de psychopompe. C’est en effet un guide, son accointance avec le monde invisible, souterrain voir de l’au-delà lui est attribué presque par défaut grâce à sa nature nyctalope. Bien que cet attribut ait été nuancé par des études scientifiques, on a longtemps donné aux chats le pouvoir de voir dans les ténèbres et donc à fortiori de voir ce qui est invisible aux yeux humains. Aux côtés d’Abigaël, il exerce pendant un temps le rôle de guide. Mais ce n’est pas l’unique personnage à s’inquiéter de la direction que prend l’héroïne lors de son périple. En effet, sa route est parfois redessinée par des êtres alliés, mais aussi ennemis.

 

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