L'OURSE A PLUMES

auteure - illustratrice - chasseuse de trésors
Romantisme gothique

Le personnage de la Première Dame

Est-ce qu’elle vous a fait peur ? Cette violence crue et sans retenue qui ne connaît pas le tabou qui entoure l’innocence de l’enfance ?

Les tortures physiques et morales qui vont laisser des traces tellement profondes que rien ne pourra les effacer totalement ?

Le cerveau humain a la capacité d’occulter certaines expériences trop traumatisantes – il paraît que c’est pour cette raison qu’une femme peut avoir envie d’avoir un deuxième enfant même si son premier accouchement aura été aussi sanglant qu’une boucherie – mais qu’en est-il de la mémoire du corps ?

Qu’elle soit physique ou psychologique, la violence laisse une trace, une réaction inconsciente qui est en générale motivée par l’instinct de survie exacerbé par un choc post-traumatique. Dans certains cas de maltraitances morales, les sujets adoptent des comportements, postures et même des choix dans leur vocabulaire qui trahissent un ou plusieurs évènements perturbants dont ils ont été victime parfois même sans en garder un réel souvenir.

L’illustration de la victime par un enfant qui est – par définition – dépourvu de moyens de se défendre, ici le personnage Abigaël est là pour rappeler aux lecteurs qu’il arrive en effet que l’on soit dans la position de celui qui subit sans pouvoir réagir. Expérimenter l’agression, la subir, c’est en ce sens-là que l’on doit comprendre le mot « victime » et non dans son appréciation négative qui elle ne s’entend pas sur un moment « T », mais sur un comportement développé par la suite et sur le long terme.

Le message que j’ai voulu transmettre avec le personnage de la Première Dame, c’est qu’il est inutile de nier la souffrance vécue, de la minimiser ou pire encore de la juger. Se relever malgré tout et devenir plus fort est la solution choisie par Abigaël très rapidement après sa rencontre avec cet antagoniste et c’est ce qui donne une idée assez précise de la suite des évènements.

Mais je sais ce que vous vous demandez, au-delà du symbole, qui est la Première Dame ? Pas de mensonge entre nous, autant vous dire la vérité, c’est la projection que j’ai faite d’une personne de ma propre enfance. Ne vous imaginez pas l’impossible non plus, un bon auteur à mon sens n’écrit bien que sur ce qu’il connaît. J’ai connu une Première Dame, mais chacun d’entre vous en a connu au moins une au cours de sa vie. Elle se traduira pour vous par une phobie ou peut-être que comme dans mon cas, il s’agit d’une véritable personne mais vous avez déjà été confrontés à de la cruauté spécifiquement dirigée vers vous qui a laissé des traces très profondes.

Est-ce qu’il faut absolument pardonner ? Je ne suis pas habilitée à répondre à cette question. C’est en ça qu’il ne faut pas juger, la souffrance de chacun est unique et la normalité n’existe pas dans ce genre de situation. Pour ma part, depuis que cette Première Dame est décédée j’ai l’habitude de dire, lorsque l’on parle d’elle, qu’elle doit sûrement nous regarder d’en bas. Ma normalité à moi c’est que tout se paye, je n’ai ni à pardonner, ni à entretenir peur ou souffrance, ce n’est plus mon rôle à ce moment de ma vie. Je n’oublie pas, je conceptualise et même une fois la Première Dame écrasée au sol et hors d’état de nuire, je n’oublie pas. Sans rancœur, il s’agit simplement de voir le vrai visage de la chose, constater un fait. Et de mon point de vue, ça marche plutôt bien et je suis bien plus forte.

Vous allez me dire : « oui, mais Abigaël a toujours peur et puis y a un doute, tatati tatata… ».

Abigaël a huit ans mon gars. On ne réagit pas avec autant de sang-froid à cet âge, déjà qu’elle est assez badass dans son genre, n’exagérons pas non plus les choses.

Mais, je saurais vous écouter si vous estimez qu’elle mérite vengeance ou non bien-sûr…. Ha ? aurais-je spoilé la préparation d’un deuxième tome ? 😉

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